Richard Miller


De la fiction à la réalité ! Réponse à Vincent Engel.

De la fiction à la réalité ! Réponse à Vincent Engel.

En répondant à la Carte blanche de Vincent Engel publiée dans le Soir, je ne réplique pas à un journaliste et ne porte aucunement atteinte à la liberté critique de la presse. Moi-même, ancien correspondant et attaché de presse, je connais très bien les vertus et les difficultés d’une presse libre, quatrième niveau de pouvoir au sein d’une démocratie libérale. Par contre, Vincent Engel n’est pas journaliste mais écrivain polémiste. Sa liberté de critique, aux yeux du député MR que je suis, est aussi sacrée que celle dont dispose tout citoyen d’exprimer son avis et son opposition à des choix politiques pris dans le respect du système démocratique belge. C’est dans cet état d’esprit que, Vincent Engel se plaçant sur le terrain de la confrontation et du débat contradictoire, j’invoque mon droit de répondre à ses arguments. Arguments qu’il aligne comme autant de divisions pour une offensive en rase campagne. Il ne débat plus, il combat ! Il a sorti la tête hors de la tourelle, ne doutant pas d’être suivi. Tout, dans son esprit, fait bois à l’incendie qu’il tente d’allumer ! Mais pour cela, il faut que l’armement « intellectuel » soit solide, que les raisonnements « explosent » de crédibilité et que les arguments tranchent par leur véracité. Qu’en est-il ?

Premier tir avec une formule que je n’oserais pas qualifier de populiste, mais dont il sait qu’elle va plaire, il évoque « la comédie politique » - se disant que c’est toujours ça de pris. Dans la foulée, s’il y a « comédie » cela ne peut être que dans le chef du MR. En deux lignes, l’écrivain a ferré son lecteur. Un MR mis en échec. Un journaliste aurait resitué le contexte du scrutin électoral et ses résultats : les trois partis dits traditionnels ont été sanctionnés, et parmi eux, c’est le MR qui a le plus solidement résisté. Qu’il y ait eu une stratégie post-électorale du PS – lequel a perdu plus de 120.000 voix entre 2012 et 2018 - d’éjecter le MR de coalitions à Charleroi, à Mons, à Bruxelles, Ixelles…, n’empêche pas des progressions réelles : le MR compte aujourd’hui davantage de bourgmestres qu’en 2012. Je ne nie pas les difficultés, notamment pour mieux rencontrer les préoccupations des citoyens, mais Vincent Engel lui, prend sa fiction de la chute du MR pour une réalité. Je passe sur ceux qu’il appelle les « ténors » du parti, dont Corentin de Salle et moi-même, les « succursales » - à part le Centre d’études du MR, je ne vois pas à quoi il fait allusion : mutuelles ? syndicats ?... Le MR, heureusement, n’est pas le PS – et sur la formule, guère racoleuse non plus, de « noyer le poisson » : c’est suffisamment vague pour que chacun pense avoir compris.

J’en viens aux soi-disant arguments solides, indiscutables et pas du tout teintés d’à prioris. Le bilan du gouvernement Michel est, selon lui, résolument « libéral » parce qu’il aurait « rendu la lutte contre la grande fraude inopérante », favorisé les employeurs, creusé les inégalités… Vincent Engel n’a pas vu que le gouvernement Michel, avec le MR, est celui qui a établi la taxation sur le capital la plus élevée, que jamais la gauche en Belgique n’avait fait autant ; ni que les résultats de la lutte contre la fraude fiscale n’ont jamais été aussi élevés. Les chiffres sont incontestables : 1,7 milliard récupéré en 2016 et 2,1 milliards d’euros en 2017. C’est plus que tous les autres gouvernements. Les premières estimations pour 2018 montrent qu’on dépassera encore ces montants. La lutte contre la fraude sociale est dans la même dynamique : les revenus sont passés de 112 millions en 2011 à 266 millions en 2017.

Dommage pour le tankiste dans sa tourelle d’ivoire : les premières cartouches sont déjà erronées. Il serait, écrit-il, idiot de nier qu’il y a aussi de bons résultats ! Certes, mais pourquoi faire alors exactement ce qu’il reproche à ceux qu’il appelle de façon péjorative les « avocats » du MR, à savoir nier ces bons résultats en les attribuant à la « conjoncture internationale favorable ». Tout le monde sait en effet que les autres pays, gouvernements voisins et leaders de l’industrie, ne pensent qu’à faire des cadeaux à la population belge et que notre gouvernement n’y est pour rien !!! Quant au tax-shift, comme Vincent Engel ne connaît pas les chiffres, il laisse planer un doute – pas du tout populiste : « il pourrait bien ne pas être au rendez-vous ».

Le « libéralisme » serait réduit à sa simple dimension économique : le libéralisme, que je pense en effet connaître, ne sépare jamais ces deux assises, économique et politique, car nous savons au MR que pour garantir l’exercice réel des droits et libertés fondamentaux de chacune et de chacun, il faut créer de la richesse et assurer sa répartition. Relancer les investissements, créer des emplois (Vincent Engel n’en parle pas ?!), est la condition première pour assurer les protections sociales : le montant inscrit au budget du gouvernement Michel pour la sécurité sociale n’a jamais été aussi élevé. Il n’a pas été réduit contrairement aux illusions du polémiste. L’enveloppe bien-être de 353 millions en 2019 passera à 716 millions d'euros en 2020. Cet argent vise à aider les plus vulnérables en ce qui concerne leur pension, leur salaire vital et leur invalidité. Et, sous le gouvernement Michel, les revenus d'intégration ont été augmentés à sept reprises ! Dans le même temps, les pensions minimales ont elles aussi été augmentées, plus que sous la précédente législature.

Pour ce qui concerne la presse, je me suis exprimé d’emblée. Là encore, je ne nie pas qu’il puisse y avoir l’une ou l’autre tension ou mécompréhension de part et d’autre. Décideurs politiques et journalistes exercent des métiers nobles et difficiles et ce, dans un environnement de plus en plus complexe. Au-delà, je ne connais pas un seul responsable de ma famille politique qui porterait atteinte à la liberté de la presse. Mais cela, je crois que Vincent Engel le sait : donc, il va voir ailleurs, il porte son tir plus loin : au Brésil ! Il attaque le MR à partir des favelas, de Copacabana, de Bolsonaro, et Lula qui, prophétise Engel, « aurait gagné les élections s’il avait pu se présenter ». Bon ! Soit !

Je reviens au MR, à « Louis Michel et à ses acolytes » (merci pour les parlementaires, mais c’est aussi bien vu de les traiter de tous les noms) qui attaqueraient les corps constitués, dont la Justice. La Justice est un pilier indispensable au fonctionnement démocratique. Nous avons initié des plans d’investissements pour rénover les palais de justice. Les budgets de la justice ont augmenté de près de 50 millions d’euros depuis le début de la législature pour résorber un lourd héritage/déficit du passé. Et surtout, nous adoptons des réformes majeures pour que le fonctionnement de la justice soit plus efficace et plus proche des citoyens.

Quant au monde académique, je vois un exemple ponctuel : une prise de position des recteurs à l’encontre de choix gouvernementaux. J’ai moi-même déclaré dans la presse que cette attitude était tout à fait honorable et que les intellectuels, parce qu’ils sont porteurs d’une conviction éthique, doivent davantage participer au débat politique. Seulement, il est vrai que lorsque l’on a le courage de le faire, il faut aussi avoir le courage d’accepter, comme c’est la règle en politique, la confrontation des points de vue, et ne pas se retrancher derrière l’infaillibilité universitaire et académique.

Arrive alors la question migratoire : je participe à toutes les réunions des instances du MR depuis déjà un bon nombre d’années, je n’ai jamais entendu quelqu’un dire que « s’opposer à la politique migratoire serait ouvrir la porte à l’invasion d’une horde de terroristes sauvages ». Jamais. Par contre que la commission d’enquête parlementaire sur les attentats de Zaventem et de la station Maelbeek ait révélé que certains des auteurs s’étaient mêlés aux migrants, ça oui. Qu’il existe dans le droit belge et européen des distinctions (et pas comme le glisse Vincent Engel des « subtils distingos ») entre différentes catégories de migrants, tant mieux : c’est ce qui permet à l’Etat belge d’accueillir avec tous les droits afférents, des milliers de demandeurs d’asiles !

Autre énormité engelienne : « C’est au nom du libéralisme que l’on trouve normal de vendre des armes à l’Arabie Saoudite ». C’était peut-être le cas sous le gouvernement PS-Ecolo à la Région wallonne (Ecolo à cette époque n’a jamais remis en cause le moindre contrat avec l’Arabie Saoudite), mais au parlement fédéral la majorité actuelle, le MR en tête, a voté un texte recommandant l’interdiction des exportations ! Actuellement une décision d’embargo se dessine au niveau de l’Europe « libérale », tandis que pour la première fois un Ministre-Président wallon, le MR Willy Borsus, a donné instruction à la FN de travailler à une diversification de sa production la rendant indépendante des contrats avec l’Arabie Saoudite. Même Paul Magnette ne l’avait pas fait !

Quant à la dernière salve de Vincent Engel mêlant le Brésil, la NV-A, les « laquais des multinationales » (sans penser un seul instant en bon bourgeois de gauche, aux ouvriers qui travaillent dans ces entreprises), la mort d’un enfant, le réchauffement climatique, l’absence de politique culturelle (je suppose que ça c’est pour la ministre CDH Greoli que l’on peut difficilement accuser de libéralisme !), c’est écrit comme la fin d’un roman. Le lecteur est emporté mais il ne sait pas où !

Qui veut faire l’ange fait la bête ! Revenons au politique.

Richard Miller      

 

Richard Miller, le 2018-11-11