Richard Miller


Préface à "Thomas est amoureux" de Pierre-Paul Renders

Préface à Pierre-Paul Renders Thomas est amoureux, Propos recueillis par Alain Van Smidt, Paris, La Différence (ABAC Wallonie), 2001, pp.9-10.

Je suis heureux que cette série de monographies consacrées aux créateurs de notre Communauté française Wallonie-Bruxelles ait pu s’inaugurer par une présentation du réalisateur Pierre-paul Renders et de son premier long métrage : coup d’essai, coup de maître ! Ce film, en effet, aborde sans agressivité aucune, tout en douceur, avec humour et amour notre réalité la plus immédiate, laquelle est devenue un mélange de naturel et d’artificiel, ou plus précisément d’actuel et de virtuel. Nos vies sont engagées dans un processus techno-télévisuel qui modifie de fond en comble les relations humaines : les machines nous affectent de manière démesurée, détruisent d’anciennes possibilités au profit d’un isolement surindividualisé, mais aussi construisent des rapports inédits, de nouvelles manières de communiquer, d’innover et de créer. Cette mutation bio-politique ne se fait ni sans risques, ni sans angoisse. On peut y déchiffrer des signes de régression, de dépersonnalisation généralisée : Thomas n’est quasiment personne, il est uniquement vu par le regard des autres, il est comme construit par des relations qui, pour être abstraites, toujours à distance, sans contact physique, n’en demeurent pas moins très réelles.

Cette sorte de « non-lieu » sans mesure est aussi l’envers de nouvelles manières d’être et d’exister, d’être subjectivés, mais aussi de se subjectiver. Ce film sur la caméra qui rend possibles les films et qui détermine grandement nos conditions d’existence est une œuvre intelligente et sensible sur les marges de manœuvre de chaque imaginaire.

Richard Miller, le 2010-11-07