Richard Miller


Cinq Batailles à Mons et dans sa région - III

La France de Louis XIV : Bataille de Saint-Denis et Siège de Mons

La période des Guerres de Religion va se clôturer vers 1585, par la scission des anciens Pays-bas en deux tronçons : au nord, les Provinces-Unies protestantes, au sud, les provinces catholiques demeurant possessions de la Couronne d’Espagne. S’ensuit une accalmie jusqu’en 1621, date de la mort de l’archiduc Albert, lequel est resté sans descendance. Or, l’acte de cession de l’ensemble des Pays-Bas à Albert et Isabelle, fille du roi d’Espagne, prévoyait qu’en cas d’absence de descendants, les Pays-Bas retourneraient à la couronne d’Espagne. Les Provinces-Unies refusant toute notion de « retour » rallient la coalition que forment les Etats protestants, la Suède, le Danemark et les Principautés protestantes ; celles-ci constituent une part importante de l’Empire des Habsbourg. Avec, toutefois, une surprise de taille : la France catholique fait partie de cette coalition majoritairement de foi réformiste.

Ceci appelle quelques explications, liées notamment à la définition de ce que l’on désigne par Empire, ainsi qu’à la différence entre ces souverains que sont l’empereur et le roi. Pour ce qui concerne le roi, j’ai insisté précédemment, sur les conditions d’exercice de la souveraineté royale : l’unification du territoire, la centralisation du pouvoir, l’usage d’une même langue, la symbolisation de la personne royale – le roi étant roi par la grâce divine. Le pouvoir royal est absolu, absolutus, délié de toutes les contraintes qui pèsent sur les autres hommes. Le roi absolu règne selon « son bon plaisir ». L’incarnation parfaite de ce modèle n’est autre que Louis XIV, Roi Soleil. C’est des Guerres menées par Louis XIV que nous nous préoccuperons ce soir ; en particulier de la bataille de Saint-Denis en 1678, et du siège de Mons en 1691. Nous traiterons de la bataille de Malplaquet, 1709, lors de la prochaine conférence.

Pour ce qui concerne l’empereur, les choses sont plus complexes et nécessitent un retour au couronnement de Charlemagne comme Empereur de la chrétienté, celle-ci ressuscitant, si l’on peut dire, la notion d’Empire romain. A la mort de Charlemagne, en 814, l’unité impériale ne put être maintenue. Son fils, Louis le Pieux, lui succéda à la tête de l’Empire. Celui-ci laissant trois fils, il en résulta en 817 à Aix-la-Chapelle, un Traité appelé Divisio Imperii. Le fils aîné de Louis le Pieux, Lothaire fut désigné Empereur, tandis que les deux autres fils, Pépin et Louis, étaient désignés rois ; l’un, d’Aquitaine, l’autre, de Bavière. Toutefois Louis le Pieux eut un autre fils d’un second mariage, Charles. Celui-ci reçut la promesse d’hériter de l’Alsace et d’une partie de la Bourgogne. Les trois fils se révoltèrent contre leur père et Lothaire le fit emprisonner. Pépin mourut en 838 ; Louis le Pieux en 840. Lothaire se déclara alors empereur, avec l’appui de l’Eglise. Mais les deux cadets, c’est-à-dire Louis et le demi-frère Charles, s’y opposèrent en prononçant à Strasbourg un serment d’alliance mutuelle dont le texte, en roman et en germanique, constitue la première affirmation linguistique de la France et de l’Allemagne. Le texte n’était plus en latin, car cette langue était l’incarnation de l’Empire chrétien.

En 843, Lothaire fut vaincu. Les trois protagonistes conclurent en conséquence l’accord dont toute l’histoire européenne allait découler, le Traité de Verdun par lequel l’Empire était partagé en trois. A l’ouest, la Francie (c’est-à-dire la terre des francs) occidentale placée sous la royauté de Charles le Chauve. A l’est du Rhin, la Francie orientale (la Germanie), la Saxe et la Bavière, sous la royauté de Louis le Germanique. Et entre les deux ? Une région, déjà évoquée, s’étendant de la Frise à la Provence et à la Lombardie : la Francie médiane ou la Lotharingie, c’est-à-dire les territoires de Lothaire, Empereur !

La carte (que vous voyez)[1] est directement compréhensible, mais elle pèche par simplicité. En effet, si la Francie occidentale était déjà assez unifiée, avec un territoire couvrant en partie la France actuelle et des populations parlant des langues romanes déjà très proches, la carte ne montre pas que la Francie orientale était plus diversifiée, ni surtout que la Francie médiane elle, était constituée de territoires et de populations séparés par des parlers différents certains d’origine romane, d’autres d’origine germanique. Populations qui, par la suite, nous l’avons vu, se diviseront entre catholiques et protestants. C’est ce morcellement qui explique qu’au 17ème siècle, on aura toujours affaire à une constellation d’entités politiques réunies sous l’autorité d’un Empereur : le Saint Empire romain germanique ! Certes un Empire est une grande chose, mais son pouvoir s’exerce sur/s’impose à un territoire morcelé[2].

La notion d’Empire, pour ce qui concerne l’Europe occidentale, nous vient en héritage direct de l’Empire romain, lequel au moment de sa plus grande expansion correspondait à l’ensemble du pourtour méditerranéen. Comparé à l’ensemble des cinq continents, l’Empire romain n’occupait qu’une petite partie du monde. Pourtant, c’est à partir de cette zone géographique restreinte que la civilisation européenne va s’approprier le monde.

Si l’on examine à présent l’expansion du christianisme, depuis ses tout débuts dans les catacombes de l’Empire romain, jusqu’aux environs de l’an mille, on constate que cette expansion, depuis que Constantin a fait du christianisme la religion impériale, s’est étendue à l’ensemble des territoires composant l’Empire romain. Cet Empire romain/chrétien se scindera en deux tronçons. D’une part, l’Occident, avec des zones conquises par ceux appelés les barbares : les Wisigoths en Espagne, les Francs en France et dans une partie de l’Allemagne actuelle. D’autre part, l’Empire byzantin. Ce parcours très rapide nous a menés jusqu’à l’extension foudroyante de l’Islam se déployant à travers une immense partie de l’ancien Empire romain ! En quoi ceci nous concerne-t-il ? En ceci que tous les évènements qui vont constituer notre histoire européenne, en ce compris les conflits que nous évoquons depuis trois soirées, tiennent au fait que l’Europe a dû, assez soudainement, se sentir bien à l’étroit, réduite qu’elle était à la rive nord de la Méditerranée, et entravée à l’est par les peuples slaves et euroasiatiques[3]. Une Europe bien petite, et limitée, et morcelée. Sur un tel territoire, les populations ne peuvent que vouloir se faire leur place, et assurer leur sécurité : de là, la tendance à se constituer en Etats, avec des frontières, des ressources propres, et une armée. Mais sur un territoire ainsi limité, les populations ne peuvent aussi que vouloir garantir leur approvisionnement et leurs débouchés. Les voies commerciales vont constituer une sorte de géographie complémentaire venant se surajouter par infiltration des territoires existants. Et ce, de façon prioritaire pour les accès à la mer ; notamment la Mer du Nord et la Baltique qui sont des mers ouvertes, « libres », à la différence de la Méditerranée en prise avec l’Islam. Voilà qui explique la richesse des villes portuaires du Nord : Anvers, Amsterdam, Hambourg, Kiel, Stockholm… et de la compagnie commerciale hanséatique. Insistant sur cet aspect, je n’infirme pas ce que j’ai présenté au sujet des Guerres de religion : celle-ci a joué un rôle décisif dans la séparation entre la France et les Provinces-Unies, entre la France et l’Europe germanique et scandinave plus protestante, mais la dimension commerciale liée au développement des voies maritimes, a également été un élément déterminant. Je citerai, à l’appui, deux livres. D’abord, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, ouvrage dans lequel Max Weber étudie l’interaction des deux aspects[4]. Ensuite, le livre remarquable et novateur sur bien des points d’Hervé Hasquin, Louis XIV face à l’Europe du Nord[5].

Avant de poursuivre, je reprendrai un extrait de l’enseignement de Lucien Febvre à propos de la genèse de l’Europe ; extrait qui se rapporte directement à cette notion d’étroitesse subite : « Dans cette histoire de l’Europe que j’esquisse, nous voici arrivés à la page décisive, au chapitre qui commande tout. Nous voici arrêtés par cet Empire carolingien, cet Empire de Charlemagne qui a donné de ce que nous appelons l’Europe la première mise en forme valable, la première, puisque l’Empire romain n’avait pas donné, lui, autre chose qu’une mise en forme politique du monde méditerranéen, d’un monde qui avait pour axe et pour centre la Méditerranée, d’un monde qui s’étendait sur toutes les rives de la Méditerranée, sur tout son pourtour intégral, sans se demander si ces rives étaient européennes, asiatiques, africaines, d’un monde dont la Méditerranée est le coeur et le système circulatoire. Or un tel monde, ainsi axé, centré sur la Méditerranée, un tel monde ayant pour coeur la Méditerranée, un tel monde est devenu impensable aux temps carolingiens, pour beaucoup de raisons, mais d’abord pour celle-ci : la fermeture de la Méditerranée par les Arabes »[6].

Face à l’affirmation nationale d’une royauté de type absolutiste, nous trouvons des velléités de reconstitution de l’Empire chrétien. Même s’il donne l’impression d’être une puissance multinationale, l’Empire peut devenir un géant aux pieds d’argile. La nation française, le royaume de France à cette époque, le roi de France lui-même, incarnent une puissance bien plus considérable, une puissance en plein devenir. Alors que, comme l’écrit Philippe Nemo, l’Empire est doublement handicapé : il est trop faible pour enclencher lui-même le mouvement d’unité, et par son existence même il empêche qu’un des Etats allemands fédérés joue ce rôle à sa place[7]. Sur cet aspect la lecture de Voltaire est de toute clarté. Dans ce monument de l’historiographie française qu’est Le siècle de Louis XIV, il écrit : « L’empire d’Allemagne est le plus puissant voisin qu’ait la France ; il est à peu près de la même étendue (…). La nation allemande est gouvernée, peu s’en faut, comme l’était la France sous les premiers rois capétiens, qui étaient des chefs souvent mal obéis, de plusieurs grands vassaux et d’un grand nombre de petits (…). L’Allemagne, partagée en villes libres et en principautés, ne laisse au chef de tant d’Etats que la prééminence avec d’extrêmes honneurs, sans domaines, sans argent, et par conséquent sans pouvoir. Il ne possède pas, à titre d’Empereur, un seul village ; la ville de Bamberg lui est assignée seulement pour sa résidence, quand il n’en a pas d’autre. Cependant cette dignité, aussi vaine que suprême, était devenue si puissante entre les mains des Autrichiens, qu’on a craint souvent qu’ils ne convertissent en monarchie absolue cette république de princes »[8]. Tel est le semblant d’équilibre qui s’est créé entre les puissances européennes, un équilibre dont l’enjeu nous est indiqué par Voltaire : résister à la Maison d’Autriche, ou plutôt, détruire la Maison d’Autriche comme le recommandait Sully à Henri IV, ou encore, « abattre la Maison d’Autriche », selon l’injonction de Richelieu. Sur cet aspect, il vaut la peine de se tourner une fois encore vers l’historien de la genèse européenne, Lucien Febvre : « Abattre la Maison d’Autriche…c’est la condition préalable de l’équilibre. Je veux bien, écrit-il. Mais il est sous-entendu que celui qui abattra, ne refusera pas de s’arrondir à l’aide des dépouilles de la Maison d’Autriche abattue »[9]. Il ne s’agit donc pas tant d’un équilibre à rechercher, que d’une captation de territoires nouveaux à réaliser à travers des campagnes militaires, des invasions et des guerres.

Quel était l’état d’esprit des hommes de guerre à cette époque ? Ou, pour poser autrement la question, quelles furent les conséquences des Guerres de Religion – dont nous avons dit toute la cruauté sanguinaire – sur la culture de la guerre ? Les conséquences furent multiples.

Les ravages causés aux régions, aux villes, aux campagnes, aux populations sont considérables. Les gens ont été massacrés et les biens, les maisons, les églises, les villages ont été détruits. La finalité, en effet, n’était pas de s’approprier les biens d’autrui mais de « punir » et d’empêcher de « nuire » les incroyants, ou croyants de la « mauvaise » foi. Les paysans ont fui, se sont cachés dans les forêts en emportant leurs quelques bêtes. Quand ils rentrent chez eux, les portes, les charpentes, les bois des maisons ont été emportés. Les murs laissés à ciel ouvert sont détruits par les pluies. Les environs des places assiégées ont souffert tout particulièrement. C’est le cas pour les villages et campagnes autour de Mons. Il est arrivé en certains endroits que les assiégés à l’intérieur des murs d’une ville aient détruit eux-mêmes les bâtiments proches afin d’éviter que l’ennemi ne puisse s’y installer et y trouver de la nourriture, du matériel…

Quant aux troupes, elles se sont soustraites à tout contrôle. Puisqu’on leur a demandé de se battre pour tuer sans pitié, les soldats tendent à se comporter partout en confondant la guerre et – le mot est utilisé par Corvisier dans son Histoire militaire de la France – le sadisme. C’est là une conséquence traditionnelle, oserais-je dire, des guerres civiles comme le furent les Guerres de Religion. Massacres et viols se sont répétés inlassablement, comme ce fut encore le cas récemment en République Démocratique du Congo : massacres et viols sont des armes de guerre civile. Il faudra, pour ce qui concerne la France absolutiste de Louis XIV, la restauration de la discipline au sein de l’armée pour que le peuple commence à retrouver confiance en l’armée et les soldats. Ceci permet de souligner combien s’interpénètrent les différents aspects : pas de sentiment national sans un roi, pas de confiance en l’armée sans une discipline, et pas de nation sans une armée incarnant la nation et le pouvoir du roi ! Une telle logique est inséparable de la naissance de l’Etat moderne, avec la mise en place nécessaire de casernements, de règlements, de discipline et de formation. Les académies militaires font leur apparition ; leur enseignement associe la connaissance et la maîtrise des armes, l’équitation, l’apprentissage des mathématiques, l’art de la fortification (c’est l’époque du grand Vauban), mais aussi … la danse (nous y reviendrons lors de la prochaine conférence).

Par ailleurs, on peut affirmer que l’horreur des Guerres de Religion avait été telle que les autorités politiques et militaires ne veulent plus laisser intervenir ni les facteurs religieux, ni les haines dogmatiques, ni les croyances d’aucune nature. La culture de la guerre s’est laïcisée. Elle a pris le chemin du savoir, de la connaissance, de la maîtrise des informations (importance de l’espionnage), de l’entraînement et de la discipline. L’armée est une armée d’Etat, un corps de l’Etat. Ceci est capital. Lisons ce qu’en écrit Carl Schmitt : « La première rationalisation produite par la structure spatiale appelée « Etat » consista, en politique intérieure et extérieure, à déthéologiser la vie publique et à neutraliser les antagonismes de la guerre civile confessionnelle. Cela signifiait que les factions supraterritoriales des guerres civiles des XVIe et XVIIe siècles étaient éliminées. Les guerres civiles confessionnelles cessèrent. Les antagonismes entre partis confessionnels furent surmontés par une décision de droit public, décision non plus ecclésiastique, mais étatique et de police étatique, sur le domaine territorial de l’Etat, par la volonté même de l’Etat »[10]. Cette analyse de Carl Schmitt confirme mon propos mais avec une dimension supplémentaire : la mer, la sortie d’un univers médiéval terrien, la découverte du nouveau monde, le glissement de la puissance de nature terrestre à une puissance de type maritime : « L’apparition d’immenses espaces libres et la prise territoriale d’un nouveau monde rendirent possible un nouveau droit des gens européen de structure interétatique (…), un équilibre des Etats territoriaux du continent européen dans leur interaction avec l’Empire maritime britannique, sur l’arrière-plan d’immenses espaces libres. La naissance sur le sol européen d’une pluralité de structures de pouvoir territorialement cohérentes, dotées de gouvernements et d’administrations uniformément centralisés et de frontières fixes, fournit les supports adéquats d’un nouveau jus gentium »[11]. Or, et ceci montre à quel point la thématique que nous avons choisie pour thème principal de nos conférences - l’évolution des cultures de la guerre - revêt une importance de premier plan, ce « véritable progrès », écrit Schmitt, fut rendu possible « du fait que la guerre européenne fut limitée et circonscrite »[12].

Il faut, à ces navires qui battent pavillon sur les mers et les océans, à ces lignes maritimes et commerciales qui se tracent sur les eaux du monde entier, une « base » terrestre solide, un ancrage étatique fort, pour ne pas se perdre. Ce sont ces éléments géopolitiques, techniques…, qui convergent et affirment la réalité étatique, la logique des Etats-nations. Celle-ci, ce nouvel ordre interétatique européen, si l’on reprend le raisonnement de Carl Schmitt va ôter à la guerre son contenu théologique, lequel « transcende » les frontières de l’Etat : « La guerre se trouvait rationalisée et humanisée »[13]. Cela ne pouvait être possible qu’à la condition de définir la « guerre juste », non plus par la notion de justa causa mais par des catégories juridiques formelles, qui la limitent et la circonscrivent.

Ceci appelle quelques remarques : affirmer que la guerre s’est « humanisée », ne veut pas dire que les batailles de l’Ancien Régime, les guerres de Louis XIV entre autres, ont été des guerres pour rire ou, selon la formule consacrée, des « guerres en dentelles ». Tout combat est un moment d’extrême violence, toute bataille est meurtrière et est le plus souvent un carnage. Cependant la guerre s’entoure de règles de droit[14] : elle ne s’engage pas n’importe comment, les combats s’arrêtent quand un des deux belligérants quitte le champ de bataille, on n’achève pas les blessés, on n’emploie pas n’importe quel type d’armes (par exemple, même si cela se fait dans d’autres cultures, mettre du poison sur les armes blanches est jugé indigne), la victoire se vérifie selon des règles précises comme le nombre de drapeaux enlevés à l’ennemi, les pièces d’artillerie prises…Enfin, ce qu’évoque Schmitt à propos de la juste guerre est évidemment essentiel. C’est une question toujours posée aujourd’hui : fallait-il par exemple intervenir militairement en Libye, ou pas ? Si oui, pouvait-on le faire, dans quelles proportions et avec quel objectif ? La guerre juste n’est plus celle qui vise, ou prétend viser, une juste cause (par exemple, libérer le tombeau du Christ, massacrer les Juifs…) ; elle est désormais celle qui s’inscrit dans un ensemble de règles juridiques, dans un droit international qui naît à l’époque qui nous occupe. C’est le cas par exemple de la notion juridique de frontière. Auparavant, si l’on considère les Croisades, les Chrétiens armés traversant la France, l’Allemagne, l’Italie actuelles pour aller se battre à Jérusalem ou à Constantinople avaient l’intime conviction, malgré l’exotisme des pays traversés, d’être chez eux. Ils cheminaient sur les terres de l’Empire romain, de l’Empire chrétien…, non encore strié de frontières nationales. Par contre les guerres qui éclatent à l’époque de la naissance d’un droit international, marquent le début et l’origine de conflits entre Etats-nations dont le territoire est clairement défini par des frontières

Après ces considérations d’histoire et de science politiques, nous pouvons nous rendre, intellectuellement mieux « armés » sur les champs de bataille montois de 1678, à Saint-Denis, et de 1691, avec le siège de la Ville. Vers 1665, l’armement des soldats est plutôt hétérogène, tous les régiments ne disposant pas du même type d’armes de base. On devait donc fondre les balles de différents calibres sur place, c’est-à-dire sur le terrain des opérations[15]. Un problème connexe au calibre des balles était celui du dosage de la poudre. Les soldats transportaient le plus souvent celle-ci dans une de leurs poches et en prenait plus ou moins en fonction de leur expérience ! Résultat : les tirs n’arrivaient pas toujours à parcourir la distance jusqu’à la cible, et les accidents n’étaient pas rares. Vers 1675, on développa les essais de cartouches et on équipa les soldats d’une mesure pour prélever la bonne charge de poudre. Les grenades qui existaient déjà, mais de façon artisanale, furent perfectionnées et devinrent une arme très usitée.

Deux problèmes se posaient particulièrement. Tout d’abord celui du choix définitif entre le fusil à silex, et le mousquet à mèche. Le fusil était préféré par les soldats, car il se manipulait en « seulement » vingt-trois opérations et était plus léger. Le mousquet, plus lourd, se préparait lui en trente-six opérations, mais était davantage fiable. Il fallut attendre vers 1685 pour que l’armée dispose d’un même type de fusil, rassemblant les diverses qualités : un fusil à mèche et pierre résultant de la modification des mousquets existants. Un deuxième problème était la conciliation entre l’arme blanche et l’arme à feu. Jusqu’alors la solution consistait à juxtaposer des piquiers et des mousquetaires. Vers 1650, il y avait un tiers de piquiers – dont la solde était supérieure, car ils étaient mieux considérés, leur arme étant plus « noble » que les armes à feu – pour deux tiers de mousquetaires. Mais on constata rapidement que la puissance de feu était réduite par la présence des piquiers. Le problème fut résolu avec l’apparition de la baïonnette ; celle-ci se plaçait à l’origine dans le canon du fusil. En 1684, fut inventée la baïonnette à douille, laquelle ne devint efficace que quelques années plus tard avec le cran de fixation. Les mousquets et les piques disparurent complètement de l’infanterie entre 1700 et 1703, au profit de ces nouveaux fusils équipés de baïonnettes avec cran de fixation.

Ces modifications « techniques » influencèrent considérablement l’organisation même des troupes. Il fallut notamment enseigner aux soldats la maîtrise complète et l’utilisation efficace de ces armes nouvelles. Des camps d’entraînement furent créés, avec un renforcement de la discipline. Les hommes étaient dressés à exécuter les consignes de feu par rangs et par files. Comme ces mouvements étaient lents, il était nécessaire de les protéger : ce qui explique le maintien, longtemps, de piqueurs aux côtés des mousquetaires. Ceux-ci devaient en effet être protégés, pendant leurs opérations de « rechargement » et de mouvement pendant lequel ils ne tiraient pas, d’une attaque par la cavalerie ennemie[16]. Quand les améliorations techniques le permirent, on put supprimer, comme expliqué ci-dessus, les piqueurs, ce qui permettait de réduire le nombre de soldats tout en augmentant la puissance de feu. John Keegan a dressé une analyse approfondie de cette évolution, avec pour point de départ le constat que les piquiers et les mousquetaires ne pouvaient pas continuer à occuper en même temps le même espace, en raison de la pagaille provoquée. C’est d’ailleurs à l’occasion d’une de ces mêlées lors de la bataille de Lützen que l’un des plus grands généraux du 17ème siècle, le roi Gustave II Adolphe de Suède, fut tué. L’usage de la baïonnette fut décisif pour sortir de la difficulté mais, comme cela a été rappelé, un entraînement était nécessaire pour éviter notamment que les mousquetaires ne se blessent en tirant les uns sur les autres. Il fallait une véritable régularité des mouvements. Ce qui explique l’attitude qui nous surprend quand on regarde un film comme le célèbre Barry Lindon de Stanley Kubrick : les soldats restaient groupés, dociles sous le feu des adversaires, bien droits à leur poste, chargeant, tirant, rechargeant… Rompre les rangs, désobéir à la règle de combat, c’était faire courir à tous le risque d’un carnage. De plus, il fallait faire attention à la poudre que les soldats transportaient sur eux et qu’ils manipulaient sous le feu de l’ennemi. Comme ils évoluaient en rangs serrés, l’explosion d’un seul fusil pouvait provoquer une série d’explosions en cascade. Pour éviter ce risque, tous les soldats devaient accomplir les mêmes gestes, les mêmes mouvements, à l’unisson et selon un rythme bien réglé. Il en résultait aussi que les soldats ne visaient pas vraiment : tous ensemble tiraient en même temps pour faucher les rangs ennemis. Keegan insiste sur tous ces aspects techniques et tactiques, pour montrer à quel point la discipline revêtait dès lors un caractère vital. Les soldats portaient le même uniforme, pratiquaient de la même façon et étaient soumis, en période de casernements à des sanctions et des punitions corporelles que n’auraient jamais acceptées leurs prédécesseurs. L’uniforme, par exemple, ressemblait davantage à une « livrée », c’est-à-dire à des vêtements d’une coupe et d’une couleur déterminées indiquant que les soldats étaient avant tout au « service » d’un maître ! Alors que le soldat du 16ème siècle se glorifiait de la diversité de son habillement, lequel résultait de ses nombreux pillages : « La mode de la Renaissance consistant à tailler le vêtement extérieur pour exposer les soies et les velours portés en dessous avait justement pour but de démontrer qu’un soldat pouvait s’approprier toutes les jolies choses qui lui plaisaient… »[17].

Les cinq conflits qui, de 1667 à 1713, opposeront la France à l’Espagne – c’est-à-dire à la Maison d’Autriche – appartiennent à la recherche d’équilibre entre les Etats européens que nous avons évoquée tout à l’heure. Ces cinq conflits ont pour nom : la Guerre de Dévolution (1667-1668), la Guerre franco-hollandaise (1672-1678), la Guerre franco-espagnole (1683-1684), la Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697), et enfin la Guerre de la Succession d’Espagne (1701-1714). Toutes sont marquées par la puissance de Louis XIV et la faiblesse de la monarchie espagnole. Alors que la France veut s’étendre vers le nord et vers l’est en visant des territoires – dont le Hainaut – qui avaient eu, à un moment ou l’autre de leur histoire des liens féodaux avec elle, l’Espagne ne parvient plus à s’affirmer et vit une période de repli politique et économique. Cette tension entre les deux Etats a des répercussions chez nous – les anciens Pays-Bas espagnols. L’Espagne, en effet, n’est plus en mesure d’assurer une présence ni un contrôle sur nos provinces. Dès 1668, à Madrid, d’aucuns estimaient qu’un échange serait bienvenu, qui cèderait les Pays-Bas à Louis XIV contre le Roussillon et la Cerdagne à l’Espagne. Mais les Hollandais s’y refusent, et il est peu probable que le roi français eût accepté de céder ses territoires du sud. L’Espagne catholique s’en remit donc aux Provinces-Unies protestantes pour assurer la défense des Pays-Bas catholiques[18]. Nous n’entrerons pas ici dans le dédale des alliances et revirements successifs ayant ponctué ces cinq conflits ; nous renvoyons à cet égard à l’ouvrage déjà cité d’Hervé Hasquin.

Louis XIV n’était pas un chef de guerre d’apparat. Il avait acquis une réelle expérience militaire, étant souvent présent au moment des sièges et des combats. Il laissait beaucoup d’autonomie tactique à ses commandants, tandis que lui pratiquait davantage la stratégie de cabinet, développant autour de lui un véritable travail d’état-major. Pour que ce travail fut efficace, étaient nécessaires une excellente connaissance administrative de l’armée, des forces disponibles, des ravitaillements, des transports…, mais aussi un service de renseignements efficace capable de livrer les meilleures informations possibles relatives aux plans et mouvements adverses. Enfin, il fallait pouvoir tirer tous les enseignements des cartes géographiques dont la qualité s’était considérablement améliorée.

La France remporte une grande victoire à Seneffe en 1674, tandis qu’elle s’impose sur les mers. Accompagné du Prince de Condé, Louis XIV prend Huy, Dinant et le Limbourg. Il reprend Maastricht, ensuite Valenciennes, Cambrai et Saint-Omer. En décembre 1677, les Français reprennent Saint-Ghislain et décident d’organiser, à partir de là, le blocus autour de Mons – qui est la seule place forte capable de leur résister – et d’affamer les habitants[19]. Le blocus commence le 18 mai 1678. Sur ce, Louis XIV décide une opération coup de poing en dépassant en quelque sorte Mons et Bruxelles : il fonce sur Gand. Cette opération est gardée secrète, avec des mouvements de troupe destinés à tromper l’ennemi et à faire diversion, avec aussi l’envoi de courriers portant des ordres contradictoires : la ville de Gand est prise par surprise le 9 mars, l’armée française n’ayant perdu qu’une quarantaine d’hommes. Ypres capitule à son tour, le 25 mars. Le 10 août 1678 à Nimègue est signée la paix, qui donne à la France la Franche-Comté et des places fortes du Hainaut. Or, à Mons les choses se passèrent différemment. Le blocus entrepris par les Français depuis décembre de l’année précédente s’était poursuivi. Le duc espagnol de Villa-Hermosa, qui avait promis aux Montois de dédommager tous les habitants dont la maison aurait été détruite par les bombardements, continuait de résister, malgré que le blocus ne se desserrait pas. Le Comte de Montal, installé à Saint Symphorien fermait avec ses troupes les chemins vers Binche et Beaumont. Tandis que le baron de Quincy campait à Jemappes d’où il surveillait les routes vers Maubeuge, Valenciennes et Tournai. Une brigade postée à Nimy tenait les voies vers Ath et Bruxelles. En retrait de ces troupes, le Maréchal de Luxembourg avait installé ses campements à Ecaussines afin de pouvoir intervenir si l’armée de Guillaume III d’Orange, installée non loin de Bruxelles, venait à les attaquer. En outre les Français démolirent les ouvrages permettant d’inonder l’Est de la ville, à savoir la redoute de la porte d’Havré et le moulin Saint-Pierre à Hyon. Il y eut souvent des escarmouches initiées de part et d’autre, des coups de canon, mais la situation resta très longtemps inchangée. Voici comment Voltaire rapporte les évènements qui se déroulèrent alors : « Dans le temps que les conférences de Nimègue, et quatre jours après que les plénipotentiaires de France et d’Hollande avaient signé la paix, le Prince d’Orange fit voir combien Louis XIV avait en lui un ennemi dangereux. Le maréchal de Luxembourg, qui bloquait Mons, venait de recevoir la nouvelle de la paix. Il était tranquille dans le village de Saint-Denis, et dînait chez l’intendant de l’armée. (Le 14 août) Le Prince d’Orange, avec toutes ses troupes, fond sur le quartier du maréchal, le force, et engage un combat sanglant, long et opiniâtre, dont il espérait avec raison une victoire signalée, car non seulement il attaquait, ce qui est un avantage, mais il attaquait des troupes qui se reposaient sur la foi du traité. Le maréchal de Luxembourg eut beaucoup de peine à résister ; et s’il y eut quelque avantage dans ce combat, il fut du côté du Prince d’Orange, puisque son infanterie demeura maîtresse du terrain où elle avait combattu. Si les hommes ambitieux comptaient pour quelque chose le sang des autres hommes, le Prince d’Orange n’eût point donné ce combat. Il savait certainement ou que la paix était signée, ou qu’elle allait l’être ; il savait que cette paix était avantageuse à son pays ; cependant il prodiguait sa vie et celle de plusieurs milliers d’hommes (…). Cette action, pleine d’inhumanité…ne produisit pas un nouvel article de paix, et coûta, sans aucun fruit, la vie à deux mille Français et à autant d’ennemis »[20].

Le maréchal de Luxembourg avait installé son quartier général dans l’abbaye de Saint-Denis. Les affrontements eurent lieu entre Thieusies, Casteau et Saint-Denis. Les armées se firent face depuis chaque crête du vallon de l’Obrechoeul, aucun des deux ne voulant s’aventurer à descendre pour attaquer l’autre. Les échanges d’artillerie durèrent pendant des heures, provoquant de terribles pertes en hommes. Finalement, les troupes orangistes furent envoyées à l’assaut vers le bas du vallon, et les combats s’engagèrent à Saint-Denis et à Casteau. Comme les Français quittèrent le champ de bataille avant leurs adversaires, ceux-ci furent considérés vainqueurs. Mais ce fut une bataille très meurtrière de part et d’autre, et il n’est pas si évident de parler de victoire. D’autant plus que, Voltaire l’a rappelé, que la paix de Nimègue ayant été signée quatre jours avant, la bataille n’aurait jamais dû avoir lieu. François Guizot écrit à ce sujet que « la journée fut très meurtrière et resta indécise, elle fit plus d’honneur à l’habileté militaire du Prince d’Orange qu’à sa loyauté »[21]. L’étau autour de Mons fut desserré par la paix de Nimègue et la ville resta dans le giron des Provinces-Unies jusqu’en 1691, année du siège et de la prise de Mons par les armées de Louis XIV.

Le siège, préparé par Louvois depuis le mois de février, commença le 15 mars, avec l’attaque surprise menée par le maréchal d’Humières à la tête de 50.000 hommes. La garnison de Mons comptait elle, 7000 hommes, pour la plupart des soldats espagnols, mais aussi des Hollandais et des Brandebourgeois, commandés par le prince de Berghes, grand bailli du Hainaut et gouverneur militaire de la ville. Le Roi avait fait rappeler en urgence Vauban qui était dans le sud-ouest de la France ; Vauban, spécialiste de la construction des forteresses, et par conséquent le plus apte pour les assiéger et les investir – art auquel il donna le nom de « poliorcétique ». Arrivé le 16 mars, Vauban détermine aussitôt les lignes de circonvallation qui sont des lignes de défense établies à l’arrière des positions des assiégeants afin de les protéger contre l’éventualité de renforts à destination des assiégés. Ces lignes sont en fait des tranchées creusées sur 27 km de long. Avec l’ingénieur Jean de Mesgrigny, gouverneur militaire de Tournai, Vauban détermine aussi le plan de détournement de la Trouille afin que celle-ci ne puisse plus venir vers les prairies inondées autour de la ville, ni faire fonctionner les moulins à farine, construits à l’intérieur des fortifications et destinés à nourrir les assiégés. Du 17 au 21 mars, des milliers de paysans réquisitionnés creusent les tranchées. Le 21 mars arrive le Roi. Vauban lui présente son plan d’attaque qui est approuvé[22]. Le point faible sur lequel les assaillants vont concentrer leurs efforts, est la porte de Bertaimont, en raison de la proximité du mont Héribus qui la surplombe. Une diversion sera organisée porte du Rivage. Du 23 au 25 mars, la tranchée d’attaque est creusée, parallèle aux murs d’enceinte et à une distance de 585 mètres de ceux-ci ; c’est-à-dire hors de portée des canons. A partir de celle-ci, les Français creusent des tranchées s’avançant en zigzags vers la ville. Une configuration semblable est appliquée porte du Rivage. Du 26 au 28 mars, des pièces d’artillerie sont installées qui pilonnent la ville durant treize jours et quatorze nuits, en tirant 198 boulets par heure[23]. Durant la nuit viennent s’ajouter les tirs de batteries à boulets rouges, destinés à provoquer des incendies et à semer la panique : l’église Saint-Germain sera détruite par le feu. Le 30 mars, les tranchées ont atteint l’ouvrage à cornes qui protège la porte de Bertainmont. Le 1er avril, un premier assaut est donné mais les Français sont repoussés. Dans leur retraite des soldats bousculent Vauban qui tombe dans l’eau froide et souffrira d’une commotion. Vauban s’en souviendra au moment de rédiger son grand ouvrage sur les fortifications, en citant l’exemple de Mons comme « place située dans un marais », et les difficultés suscitées par l’assèchement de celui-ci. Le lendemain les premiers remparts sont pris, et le 8 avril les assiégés capitulent. Le lendemain ils quittent la ville avec 250 chariots dont la plupart sont chargés de blessés. On voit comment, malgré toute la violence des attaques, s’organise la reddition, le départ des vaincus, les soins apportés aux blessés : on est loin de la cruauté des guerres civiles confessionnelles. On est loin aussi des massacres à venir de la guerre totale moderne.

Laissons la conclusion à Racine qui, de Mons, adressa le 3 avril une lettre à Boileau, lettre qui traduit bien à la fois la violence des combats et la culture de la guerre de l’époque. Après avoir signalé la première attaque manquée contre les fortifications, Racine rend compte de l’assaut décisif : « L’attaque se fit avec une vigueur extraordinaire, et dura trois bons quarts d’heure ; car les ennemis se défendirent en fort braves gens… mais comment auraient-ils pu faire ? Pendant qu’ils étaient aux mains, tout notre canon tirait, sans discontinuer, sur les deux demi-lunes qui devaient les couvrir, et d’où, malgré cette tempête de canon, on ne laissait pourtant pas de faire un feu épouvantable. Nos bombes tombaient aussi à tous moments sur ces demi-lunes, et semblaient les renverser ses dessus dessous. Enfin nos gens demeurèrent les maîtres, et s’établirent de manière qu’on n’a pas même osé depuis les inquiéter. Nous y avons bien perdu deux cents hommes (…). Je voyais toute l’attaque fort à mon aise, d’un peu loin à la vérité ; mais j’avais de fort bonnes lunettes, que je ne pouvais presque tenir fermes, tant le coeur me battait à voir tant de braves gens dans le péril. On fit une suspension pour retirer les morts de part et d’autre… Deux mousquetaires blessés s’étaient tenus couchés parmi ces morts, de peur d’être achevés ; ils se levèrent tout à coup sur leurs pieds, pour s’en revenir avec les morts qu’on remportait ; mais les ennemis prétendirent qu’ayant été trouvés sur leur terrain, ils devaient demeurer prisonniers. Notre officier ne put pas en disconvenir… »[24].

Richard Miller©

 

[1] Les cartes utilisées pour la conférence étaient reprises de l’Atlas d’histoire de Franz Hayt, Bruxelles, De Boeck et Larcier, 1998.

[2] Il est remarquable que la notion d’Empire retrouve une forme d’actualité dans la situation présente de l’Union européenne. Cf. Ulrich Beck, Edgar Grande, Pour un Empire Européen, trad. A. Duthoo, Paris Flammarion, 2007 ; titre original, Das kosmopolitische Europa. La notion d’Empire Européen, diffère de celle d’Etats-Unis d’Europe mise en avant notamment par Guy Verhofstadt, in Les Etats-Unis d’Europe, Bruxelles, Luc Pire, 2006. Pour une lecture scientifique du concept d’empire, cf. sous la dir. de Maurice Duverger, Le concept d’empire, Paris, PUF, 1980. Enfin, les courants révolutionnaires utilisent le terme « empire » de façon polémique ; cf. Michael Hardt et Antonio Negri, Empire, trad. D.-A. Canal, Paris, Exils, 2000. Cf. également mon intervention au colloque intitulé Kojève et l’Europe http://www.richardmiller.be/article.php?article=39  

[3] Cf. sur l’étroitesse actuelle de l’Union européenne mon texte récent publié par le quotidien La Libre Belgique : http://www.richardmiller.be/article.php?article=42

[4] Max Weber, L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, trad. Jean-Pierre Grossein, Paris, Gallimard, Tel, 2003.   

[5] Hervé Hasquin, Louis XIV face à l’Europe du Nord L’absolutisme vaincu par les libertés, Bruxelles, Racine, 2005.

[6] Lucien Febvre, L’Europe. Genèse d’une civilisation, Paris, Perrin, 1999, p. 107.

[7] Philippe Nemo, Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, Paris, PUF, Quadrige, 2002, p.39. Nemo remarque toutefois que cela « n’empêche pas l’absolutisme de triompher à l’intérieur de certains Etats allemands, notamment sous l’influence du luthéranisme ».

[8] Voltaire, Le siècle de Louis XIV, Paris, Le Livre de Poche, 2005, pp. 129-131.

[9] Lucien Febvre, op.cit., p.215.

[10] Carl Schmitt, Le Nomos de la terre Dans le droit des gens du Jus Publicum Europaeum, trad. L. Deroche-Gurcel, Paris, PUF, 2001, p. 142.

[11] Pour ces extraits de Carl Schmitt, cf. op. cit., p.141.

[12] Ibid.

[13] Relevons que Pierre-Joseph Proudhon, dans son grand oeuvre consacré à la guerre, critique cet aspect : « …par ces mots : droit de la guerre, lois de la guerre, il faut entendre uniquement certaines restrictions apportées aux sévices, certaines réserves conventionnelles d’humanité, nullement un droit positif, propre à la force et émanant d’elle (…). Selon les juristes, le droit de la guerre, au sens littéral du mot, est une contradiction dans les termes, une fiction, un euphémisme, qu’il serait puéril, ridicule, absurde, de prendre au sérieux », in La guerre et la paix Recherches sur le Principe et la Constitution du Droit des gens, (1ère éd., Paris, 1861), reproduit par Nabu Public Domain Reprints, vol.1, p.28.

[14] Cette dualité qui paraît aller de soi – raison pour laquelle la guerre est présentée comme un duel, notamment par Clausewitz (« la guerre n’est rien d’autre qu’un duel à une plus vaste échelle ») – ne traduit pas la complexité des engagements, les motivations diverses des alliés…

[15]Pour ce qui suit, cf. André Corvisier, Histoire militaire de la France, Paris, PUF, Quadrige, 1997, t. 1, pp. 409 et sq.   

[16] Cf. John Keegan, Histoire de la guerre, t. V, Le feu, trad. R. Langer, Paris, L’Esprit frappeur, 2000, pp. 46-49.

[17] Ibid.

[18] Cf. Cf. l’excellent ouvrage sous la dir. de Marie-Thérèse Isaac, Images de Mons en Hainaut du XVIe au XIXe siècle, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 2006, p.144 et sq.

[19] Ibid., p.169.

[20] Voltaire, Le siècle de Louis XIV, op.cit., pp.328-329.

[21] François Guizot, L’histoire de France depuis les temps les plus reculés jusqu’en 1789, t. 4, Paris, Hachette, 1875, p.294.

[22] Ce plan gravé est reproduit dans, Images de Mons en Hainaut, op. cit., p. 172.

[23] Ibid., p. 173.

[24]Racine, Correspondance, lettre Au camp devant Mons du 3 avril 1691 à Boileau, in OEuvres complètes, t. 2, Paris, Gallimard, La Pléiade, 1952, pp. 496-498.

Richard Miller, le 2018-08-16