Richard Miller


Discours de Richard Miller, au congrès doctrinal du MR, Ciney

https://www.youtube.com/watch?v=T5V484jqBXI

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Monsieur le Président, Monsieur le Premier Ministre, Mesdames, Messieurs les Ministres, Chers collègues parlementaires et mandataires, Mes chers amis, mes très chers amis libéraux, et militants du Mouvement Réformateur, Chacune et chacun d’entre nous, ce soir à Ciney - 170 ans après la fondation du Parti Libéral, de notre Parti libéral - chacune et chacun, toutes et tous, nous avons la pleine conscience du moment privilégié qui nous réunit, nous Réformateurs, progressistes, humanistes… Nous, libéraux ! Ce moment est important. C’est l’aboutissement d’un long chemin parcouru ensemble ! Entre militants ! Ce moment est important car il va donner vie à notre nouveau texte fondateur ! Ce moment est important car six amendements doivent encore être tranchés ce soir – c’est en effet à un véritable jusqu’auboutisme de démocratie interne que notre Président Olivier Chastel nous a conviés, et pour lequel nous devons vraiment lui témoigner toute notre reconnaissance et notre soutien. Merci à vous, Monsieur le Président ! Ce moment enfin est important et privilégié car nous avons l’honneur ce soir de nous prononcer sur un Manifeste politique, porteur d’une éthique commune dans laquelle nous pouvons nous reconnaître - avec nos différences, avec nos sensibilités respectives, comme par exemple sur la question régionaliste. C’est en effet, ne l’oublions jamais, cette capacité de différence dans l’unité qui fait la richesse de notre Mouvement ! C’est la raison pour laquelle, je tiens, avec toute l’amitié que j’éprouve pour chacune et pour chacun d’entre vous, présents dans cette salle, et pour celles et ceux qui au cours de quarante-deux rencontres organisées sur le terrain, et des dizaines d’heures de discussions internes, ont recherché la meilleure façon de faire émerger les idées, mais aussi de mettre des mots sur ces idées, de les définir, de les préciser, de les exprimer, bref d’assurer la transparence entre le projet et le discours,… c’est la raison pour laquelle, je tiens d’emblée à vous dire ceci : nous pouvons avoir la fierté de l’esprit de liberté, de débat et de respect réciproque des idées et des points de vue qui constitue l’ADN - bien entendu des libéraux - mais aussi et j’ose le marteler ce soir : l’ADN du militantisme libéral ! Vous permettrez donc au vieux militant que je suis devenu de vous dire, avec toute mon amitié, à chacune et à chacun, infiniment merci. Merci ! et bravo à vous ! J’ai reçu instruction de ne pas être trop philosophe à la présente tribune et de vous faire simplement rapport. Ne m’en veuillez donc pas, si de temps en temps je déroge … Que voulez-vous ! On ne se refait pas…. Je me limiterai donc à quelques éléments : Tout d’abord, nous le savons : nous avions un avantage sur les autres – sur les adversaires, les socialistes – les autres, je n’en parle pas ! L’avantage que nous avions pour cette entreprise de réactualisation doctrinale, de réaffirmation de nos principes et de nos valeurs, hé bien ! il est très simple : c’est que nous, libéraux, nous savons qui nous sommes, nous connaissons nos objectifs, nous connaissons à la fois nos objectifs et la méthode pour les atteindre ! Nous ne sommes pas une gauche qui se cherche - et dont le cœur saigne après coup, à posteriori, une fois l’acte accompli, « post coïtum »… Non, nous, nous pouvons oser, avec courage au sein du gouvernement de Charles Michel, nous pouvons oser les réformes structurelles dont notre pays, dont notre système de sécurité sociale, dont l’ensemble de notre société a besoin…, et ce parce que nous connaissons la raison, le pourquoi, la nécessité de ces réformes. Le Mouvement Réformateur ne dit pas oui un jour à un traité international, pour ensuite dire non, et ensuite redire oui, alors que le traité susmentionné n’a pas changé d’un mot. Mes chers amis, étant donné cette identité, cette cohérence qui nous rassemble, les assises politiques, économiques et philosophiques de notre projet de société n’avaient pas besoin d’une réécriture. Cependant, il faut que cela soit très clair entre nous : cette cohérence qui est la nôtre, elle ne tient que grâce à la lucidité ! Et je m’explique : Il y a, bien entendu, dans le Rapport que j’ai remis au président Chastel, la réaffirmation du caractère authentiquement social du libéralisme réformateur. Mais il y a aussi, grâce à vous les militants, grâce à vos remarques et à vos interrogations, dans chacun des six chapitres que sont L’Etat garant des libertés, Des citoyens libres et responsables, Le développement économique au service de l’emploi, Le Libéralisme, modèle social dynamique, Une Europe unie et renforcée, et enfin Un projet de portée universelle, il y a grâce à vous la prise en compte de la responsabilité que nous avons vis-à-vis de la génération future, vis-à-vis du monde qui se met en place et dans lequel se configure déjà l’avenir de nos enfants. L’héritage libéral ne peut pas être celui de la financiarisation, et il ne sera pas celui des replis nationalistes, ni celui de la haine communautariste. C’est en cela que réside la dimension la plus actualisée de notre nouveau texte. Celui-ci n’est pas la simple répétition de nos valeurs et de nos principes – bien sûr que cela s’y trouve – mais c’est surtout l’expression lucide des combats actuels à mener. C’est la traduction pleine et entière de notre volonté d’étendre le projet que nous portons loin au-delà du court terme, loin au-delà du présent. Mais pour s’avancer au-delà du présent, il faut être capables d’évaluer celui-ci, capables d’en comprendre les lignes de fracture potentielles et d’y apporter les réformes possibles. Identifier et apporter les réformes possibles, cela s’appelle la lucidité libérale ! Avoir la force et la détermination de concrétiser les solutions nécessaires, cela s’appelle l’efficacité libérale ! Je prendrai un seul exemple, qui depuis des semaines et des mois, jour après jour est ancré au travail de notre Premier Ministre Charles Michel, et tout autant qu’à celui de notre Ministre des affaires étrangères, Didier Reynders : à savoir, l’Union européenne ! Notre nouveau texte réaffirme l’engagement viscéral du Mouvement Réformateur à l’ambition d’une Union européenne forte, prospère, humaniste. Mais notre texte est aussi porteur d’une lucidité européenne qui fait que nous voulons un nouvel éveil européen : réindustrialiser l’Europe, développer sa capacité militaire de défense et de sécurité propre, démocratiser encore et toujours plus le fonctionnement organique de l’Union européenne, notamment à travers l’élection du président du Conseil, et la mise en œuvre d’une véritable citoyenneté européenne. Nous voulons aussi, c’est écrit en toutes lettres dans notre texte, que ce nouveau chapitre de l’histoire européenne soit celui, je cite, d’une « Europe sociale, une Europe de l’information, de l’enseignement et de la culture ». Nous voulons redynamiser l’âme démocratique de l’Europe, nous voulons que l’Union européenne retrouve l’esprit transnational, l’esprit transeuropéen des pères fondateurs ! Enfin, chers amis, il m’incombe d’attirer votre attention sur un point : ce soir, nous parlons « doctrine ». Nous sommes entre militants et nous parlons doctrine. C’est normal. Le mot n’a pas de quoi nous faire peur. La doctrine libérale est tellement nourrie de liberté, qu’il n’y a aucun risque qu’elle se transforme en un codex intangible ! Mais cela étant dit, pour qu’une doctrine politique soit vraiment, sur le plan des idées et des principes, un véritable projet politique, il faut que rien ne soit laissé de côté. Les principes d’une doctrine constituent un authentique projet de société lorsque ceux-ci permettent d’affronter toutes les problématiques dans toute leur complexité : complexité politique, économique, éthique, sociétale. Et telle est bien notre ligne de conduite quand nous réformons, avec Daniel Bacquelaine le système « pensions », quand nous poursuivons l’assainissement budgétaire avec Sophie Wilmès, quand nous repensons la mobilité, notamment en zone rurale – c’est un amendement à notre texte, venu du Luxembourg – avec Jean-François Belot, quand nous assurons l’approvisionnement énergétique avec Marie-Christine Maerghem, ou encore lorsque – et c’est un ligne de conduite à travers toutes nos propositions, nous sommes particulièrement attentifs, avec Willy Borsus aux travailleurs, aux PME, aux agriculteurs et à la lutte contre la pauvreté. Je vous lis un extrait : « Le libéralisme est engagé en faveur de tous ceux qui, par leur activité, par leur travail et leur investissement, contribuent à la prospérité, notamment les classes moyennes, les indépendants et les investisseurs ». Notre doctrine politique, notre nouveau Manifeste peut donc être appelé, à juste titre, « projet de société », car nous ne négligeons aucune composante de la complexité des dossiers, ni de la complexité des décisions à prendre. Un exemple, dans un contexte tragique, nous en est donné par la nécessité de prendre désormais – et enfin, après les hésitations d’autres formations politiques – de prendre des dispositions légales dans la lutte contre le terrorisme, tout en veillant à éviter tout dérapage liberticide ! C’est une mission difficile, assumée en première ligne par le chef du groupe MR à la Chambre, notre ami Denis Ducarme. Refuser tout simplisme idéologique, tenter d’être à la hauteur de la complexité des enjeux, voilà la caractéristique essentielle - on l’oublie très souvent, et les populistes en premier - de la démocratie libérale telle que nous la pratiquons, telle que nous la mettons en œuvre au niveau de la société, au niveau de notre Mouvement, et au niveau du gouvernement ! Félicitations à notre Premier Ministre Charles Michel ! Mais j’en reviens à notre texte : en tant que Rapporteur je tiens à vous assurer que celui-ci est bel et bien un projet de société complet, un projet de société libéral et réformateur qui entend répondre aux trois grands types de contraintes qui pèsent sur la vie de tout être humain. Quelles sont ces contraintes qui font que jamais n’a existé un paradis, un Eden, un bonheur autre que celui que les hommes et les femmes ont pu construire grâce à leur travail, grâce à leur courage, grâce à leur intelligence. Ces trois types de contraintes sont : 1. La rareté des biens, des produits, des richesses, des ressources. 2. La possibilité du mal. Personne n’est à l’abri de la haine, de la violence, ou d’un coup dur du destin. 3. L’incertitude quant au sens de la vie. Il n’y a en effet, Mesdames, Messieurs, aucun mode d’emploi qui accompagne notre vie, voire notre liberté elle-même. Tout est à inventer ! Confrontés à cette immense responsabilité, les hommes développent des croyances auxquelles ils s’attachent jusqu’à l’affrontement avec l’autre, jusqu’au rejet de l’autre, parce que celui-ci ne partage pas les mêmes croyances. Tout d’abord, la réponse générale à la rareté des biens, c’est l’économie, c’est l’activité économique. Pour nous libéraux c’est l’économie de marché, telle que définie dans notre projet de société et confirmée dans notre nouveau Manifeste. C’est pourquoi nous insistons sur les nouveaux modèles économiques, sur l’importance du capital « travail » au sein des entreprises, sur l’enseignement, sur la formation, l’emploi et la Recherche. Je cite à nouveau notre Manifeste : « Il ne peut être question d’attendre l’évolution du marché du travail, il faut au contraire, anticiper celle-ci ». La réponse générale à la deuxième contrainte, à savoir la possibilité du mal et de la violence, c’est la politique, la justice, la vigilance démocratique, notamment en matière de lutte contre les violences conjugales et sexuelles. Notre réponse à nous, libéraux réformateurs, c’est le respect que l’on doit avoir pour tout être humain. Je vous lis un extrait : « La richesse n’est pas que quantitative elle est aussi qualitative. Elle doit caractériser une société (…) où le cadre de vie est sain, dont les ressources naturelles sont protégées, où les libertés individuelles et publiques sont respectées, où la liberté d’aller et venir n’est pas entravée par l’insécurité, où le niveau d’éducation est élevé et répandu… Bref une société où l’égalité réelle des citoyens est largement réalisée, et où les libertés sont réellement garanties ». Pour garantir ces libertés, nous nous prononçons entre autres pour une Défense nationale capable d’une opérationnalité effective sur les lieux nécessaires. A ce sujet, nous plaidons pour un devoir d’intervention afin de porter assistance aux populations exposées à un danger de mort. Enfin, la réponse générale à l’absence de certitude quant aux choix qui sont ceux de notre vie, c’est la culture ! Pour nous libéraux, la culture est fondée sur la liberté philosophique, sur la créativité artistique et sur l’esprit de recherche. Ce qui peut, au sein de notre société ouverte et démocratique, garantir cette liberté de pensée et d’expression, c’est la neutralité de l’Etat, c’est l’impartialité de l’Etat. Mais la neutralité, comme notre Manifeste le développe longuement, cela signifie clairement la primauté de la loi civile sur toute croyance religieuse, et la mise en œuvre sans restriction aucune, sans accommodement dit raisonnable, des principes fondamentaux, à commencer par l’égalité de droit entre l’homme et la femme. Voici, de nouveau, un extrait : « Renforcer la confiance des citoyens dans notre modèle de société, dans les institutions et dans les missions de l’Etat, passe aussi par le refus de toute remise en cause et de toute régression des valeurs humanistes et universelles autour desquelles la population peut se rassembler ». Chers amis, je vais conclure. Tout d’abord par des remerciements personnels à Olivier Chastel, pour sa confiance. Ensuite à l’équipe, Olivier Alsteens, Laurence Glautier et Valentine Delwart et à l’ensemble des collaborateurs qui ont travaillé sous leur direction. Merci aussi à mes collègues co-rapporteurs, et aux responsables des fédérations provinciales et régionale qui ont organisé les travaux : Didier Reynders, Daniel Bacquelaine, Denis Ducarme, Jean-Pol Wahl, Benoït Piedboeuf et David Clarinval. Remerciements aussi à Kattrin Jadin, présidente du PFF qui a même traduit notre Manifeste en allemand, ainsi qu’aux jeunes libéraux qui ont accompli un immense travail sous la conduite de Mathieu Bihet. Enfin, en tant que Rapporteur, en tant qu’administrateur de notre Centre d’études Jean Gol, en tant aussi que doté d’une certaine expérience en la matière – formé à l’école rigoureuse, vigoureuse… de notre ami Louis Michel - je voudrais vous dire ceci : chers militants, ne soyez pas surpris par l’apparente facilité avec laquelle vous avez lu ou vous lirez ce Manifeste… La facilité, par exemple, avec laquelle vous lirez qu’en matière d’enseignement, nous affirmons que celui-ci est un socle inconditionnel de la démocratie, et que vous lirez que le MR entend promouvoir – Pierre Hazette est présent ce soir, et je l’en remercie - l’excellence tant intellectuelle que technique. Ou, dans un autre domaine, lorsque vous lirez que nous faisons de l’emploi des jeunes une priorité pour notre action, ou encore que nous plaidons pour la personnalité juridique des syndicats… Ne soyez pas surpris. Pourquoi ? Parce que dans ce texte, entre les lignes de celui-ci, en passant d’une idée à des mots, et en partant des mots pour adhérer aux idées que nous portons, ce que vous lirez, ce que vous retrouverez… c’est vous-mêmes ! Vous-mêmes, militants du plus beau projet de société qui soit, militants d’un projet libéral engagé au service de chacune et de chacun, militants d’une démocratie libérale fondée à la fois sur l’optimisme et sur la lucidité, militants d’un libéralisme engagé dont l’unique horizon est davantage de liberté, davantage de solidarité, davantage de respect pour la dignité de tout être humain ! Je vous souhaite bon travail, et vous remercie infiniment pour tout ce que vous faites et surtout pour tout ce que vous êtes ! Merci à vous !

Richard Miller, le 2016-11-15