Richard Miller


Imposer des règles à l’e-commerce européen de la pornographie

Les défis à relever dans le domaine économique et social, mais aussi pour garantir la sécurité sont prioritaires. Ce combat politique, que je soutiens pleinement en tant que député MR, ne doit pas nous détourner de l’attention que mérite des enjeux sociétaux à plus longue échéance. C’est le cas de l’éducation à la vie affective et sexuelle des jeunes générations. En ce domaine, le bilan est sombre. Pourtant une sexualité libre et épanouie est un acquis extraordinaire apparu depuis les années 1970 avec la pilule et le droit à l’avortement. Mais le rapport sexualité-liberté est occupé de se transformer : les traditions culturelles auxquelles appartiennent nombre de jeunes n’entretiennent pas le même rapport à la sexualité ; par ailleurs la pornographie en accès illimité parasite les apprentissages personnels... Un aspect particulier doit être pointé : la violence sexuelle qui tend à imprégner les contenus visuels « en accès libre ». Cette violence qui caractérise désormais de façon générale les contenus pornographiques, mais qui met en scène également des contenus de violences spécifiques, toujours en accès libre et gratuit, est déstabilisante pour qui la voit ; elle est également menaçante pour les relations personnelles et sociales.

La pornoviolence, en accès libre, non-payant, sans limite d’âge, est essentiellement tournée contre les « partenaires » féminines : cet aspect aussi doit être considéré sous l’angle des violences conjugales. C’est pourquoi, il faut que cesse l’hypocrisie de la Commission européenne en la matière: mettre en avant, par des directives, les avantages de l’e-commerce pour ne pas imposer aux distributeurs et fournisseurs de contenus une limitation d’âge efficace, ainsi qu’une mise en garde claire quant aux contenus délictueux éventuels, n’est pas acceptable. Telle est la portée de la proposition de résolution que j’ai déposée à la Chambre http://www.lachambre.be/FLWB/PDF/54/1991/54K1991001.pdf et qui a été prise en considération ce 20 juillet 2016, pour être examinée par la Commission des Infrastructures.

Plusieurs demandes sont adressées au gouvernement : poursuivre les efforts entrepris par l’autorité publique, à différents niveaux, pour prémunir les enfants des effets de l’accès aisé à Internet ; d’examiner la possibilité d’imposer aux hébergeurs et éditeurs de contenus pornographiques sur Internet, une mise en garde explicite préalable au visionnement d’un contenu ; d’examiner la possibilité de rendre obligatoire et certificative la vérification de la mention « plus de 18 ans » ; de développer, en collaboration avec les Communautés, une campagne d’information ciblant aussi bien les jeunes que les parents, en insistant sur le rôle de l’école et des EVRAS en matière de prévention ; d’inciter la Commission européenne à revoir sa position quant au « contrôle d’âge efficace », et à l’information obligatoire des adultes sur le caractère délictuel éventuel des contenus consultables… Les jeunes ont droit eux aussi à une sexualité librement choisie, et non pas imposée par les intérêts de l’e-commerce, même européen.

© Richard Miller

Richard Miller, le 2016-07-26