Richard Miller


Traces littéraires de Mons et alentours: Pierre Mac Orlan et Messine

Poète et romancier né en région de Picardie, membre de l'Académie Goncourt, Pierre Mac Orlan (auteur du célèbre Quai des Brumes) a très tôt allié le voyage et l'écriture littéraire. Pas seulement par goût du dépaysement ou par recherche de l'exotisme mais, plus simplement, pour pouvoir travailler et manger. En 1957, il publia un article consacré à la Belgique, que l'on peut redécouvrir grâce à Francis Lacassin, grand connaisseur de la littérature du voyage et de l'aventure, dans Quais de tous les départs.1 Il n'est pas facile de préciser à quel moment Mac Orlan prit les notes à propos de notre pays, qu'il utilisera pour écrire son article. Il fit en effet plusieurs séjours, dont le premier remonterait à 1905, dans nos villes de Wallonie et de Flandre où, écrivait-il, " les fêtes religieuses s'associent sans vergogne aux manifestations les plus traditionnelles de la joie populaire. Pour bien comprendre ces villes wallonnes ou flamandes, il faut les voir dans l'expression la plus libre de leur indépendance et de leur mysticisme. " C'est dans cet esprit qu'il évoque notre " kermesse, ou ducasse, chère aux Montois. La grande ducasse de Mons est celle de la Trinité ". Mais Mac Orlan ajoute : " Il y a aussi la fête (…) de Messine, fête du printemps ". Et d'associer, de façon générale, à " cette étrange floraison de l'âme populaire la présence des géants débonnaires et aimés des tout petits enfants jusqu'aux larmes. " (P.76-77).

Enfin, sous le sous-titre Mons, Mac Orlan rapporte qu'aux environs de la Saint-Nicolas une ménagerie s'était installée sur la Grand-place. Un lion s'étant échappé " suivit paisiblement la première rue qu'il trouva ", laquelle le conduisit à " une pâtisserie pleine de couques et de mokes à l'anis ". Le lion entra dans la boutique où il fut accueilli par le sourire d'une petite Montoise disant à sa maman : " Oh ! mère, viens voir quel gros chien !".

Mac Orlan précise que cette histoire est également présente dans le livre que Jules Destrée consacra à Mons (Mons et les Montois, 1933), mais en patois ce qui la rend plus savoureuse encore. : "…je vous souhaite de rencontrer cette aimable et rose fillette quand vous irez vers l'Ataka. Là vous trouverez peut-être un ropïeus, c'est-à-dire une réincarnation de Till Eulenspiegel et de cet esprit picard qui disparut avec la fin du Moyen Âge, tout au moins dans la littérature officielle ". (p.78-79).

© Richard Miller

1 Pierre Mac Orlan, Quais de tous les départs, Paris, Phébus, 1999, p.73-82.

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Richard Miller, le 2008-08-14